Raconter Toulon, oui, mais avec précision !

Toulon, son pays, sa fierté

Moi qui vit loin de mon quartier d’enfance, j’ai plaisir à visiter les sites ou les pages Facebook qui font revivre un peu l’histoire du quartier ou de la ville de Toulon.
Il en est un que je visite de temps en temps, une page Facebook nommé avec une pointe de fierté, justement Toulon, mon pays, ma fierté. Enfin, dis-je, un site que je visitais, car son propriétaire m’a viré de sa liste des abonnés.
La méthode est quelque peu rude, surtout si on considère la cause de cette éviction.
Le dit propriétaire poste de temps en temps des photos anciennes dont le but est de découvrir l’année, le lieu.

Rue du Caire, quartier Toulon

Hier, c’était une photo intitulée Rue du Caire, quartier Toulon (photo ci-dessous).

Rue du Caire, quartier de Toulon

Rue du Caire, quartier de Toulon – Photo Maison Bonfils (Beyrouth) – Photo de gauche diffusée sur Toulon, mon pays, ma fierté – Photo de droite originale à la bibliothèque du congrès aux Etats-Unis

La photo est effectivement légendée Rue du Caire, quartier Toulon, ce qui laisserait donc supposer qu’elle a été prise à Toulon. Mais n’importe quel toulonnais un peu au fait de l’histoire de sa ville verrait bien qu’une rue avec des maisons de style oriental percées de moucharabiehs n’a pas pû être prise en photo dans le Toulon de la fin du XIXème siècle, d’autant plus que la population musulmane à cette époque devait être quasi-inexistante !
J’ai donc procédé à une recherche et je suis tombé sur cette photo qui est en fait issue du fonds de la bibliothèque du Congrès aux Etats-Unis. Elle a été prise par un photographe libanais du nom de Bonfils, de passage en Egypte au Caire. Car finalement, cette photo a été prise au Caire entre 1867 et 1899 (d’après la source). Je me suis donc interrogé d’où venait ce nom de Toulon ?
Et en creusant un peu plus, j’ai découvert qu’il s’agissait d’un quartier de la vieille ville du Caire, appelé Touloun, ou Tolon, ou Tûlûn, en arabe طولون , où se trouvent également une rue et une mosquée éponymes, la mosquée la plus vieille de la capitale égyptienne. Le nom de Touloun provient d’un esclave turc ayant vécu au 9ème siècle et nommé Ahmad Ibn Touloun, devenu prince. Il a donné son nom à la majestueuse mosquée Ibn Touloun visible aujourd’hui dans ce quartier.
Le photographe bonfils quant à lui a traduit en français Touloun en Toulon, d’où la grossière confusion diffusée sur cette page Facebook. Non, il n’a jamais existé de rue du Caire avec des moucharabieh à Toulon !
Il existe une petite ruelle nommée rue du Caire dans le quartier de Saint Jean du Var, mais qui n’a strictement rien à voir avec la topologie de celle présentée ci-dessus en faisant abstraction de l’architecture…
Suite…

Toulon vs Cherbourg

Ce matin, nouveau petit jeu avec la photo qui suit.

Toulon vs Cherbourg (Cliquer pour agrandir)

Toulon vs Cherbourg – Photo Studios Buizard (Paris)

Connaissant très bien l’architecture des forts et de l’arsenal de Toulon depuis le temps que je m’y intéresse, j’ai de suite vu que cette photo n’avait pas été prise à Toulon. D’autant plus qu’aucun fort n’est situé sur la grande jetée à Toulon, au bout de laquelle se trouve une petit bâtisse surmontée d’un phare que je connais bien puisque je m’y suis rendu plusieurs fois lorsque minot, on s’y arrêtait parfois avec les scouts-marins en naviguant dans la rade…
J’ai retrouvé cette photo sur un site d’enchères russe, vendue avec un lot de 39 photograhies prises lors du passage du Tsar Nicolas II et de l’impératrice Alexandra Feodorovna et du président Félix Faure. Cette photo a été prise à Cherbourg, certainement depuis l’arsenal. Au premier plan, on distingue des soldats (fusiliers marins) et au second plan, la rade de Cherbourg. Dans le fond, on distingue une grande jetée, appelée digue du Large avec sur la droite le fort Central et au centre de la photo le fort de l’Ouest.
Comme cette carte est présentée comme ayant été prise à Toulon… et que cela semble faire consensus sur cette fameuse page Facebook, je suis donc parti à la recherche d’une photo originale et je suis tombé sur ce fameux site russe où la collection de photos est présentée. En agrandissant la partie où se trouve le fort de l’Ouest, de cette photo présente dans le lot, on s’aperçoit rapidement qu’il n’existe aucune architecture militaire comparable dans la rade de Toulon ! Les forts de l’Aiguillette, de Balaguier ou la tour Royale, avec le fort Saint Louis dans la grande rade étant les seules constructions militaires historiques qui protégeaient le port de Toulon de possibles envahisseurs.
Cette photo a donc bien été prise à Cherbourg et non à Toulon.
Pour conforter mon affirmation, je présente ci-dessous le fort de l’Ouest à un siècle d’intervalle.

Toulon vs Cherbourg

Toulon vs Cherbourg (détail – Cliquer pour agrandir) – Photo Studios Buizard (Paris)

 

Toulon vs Cherbourg

Le fort de l’Ouest aujourd’hui – Photo twogypsiesandadog.wordpress.com


La fierté oui, mais pas comme un bar tabac :-)

Malgré mes explications détaillées, le résultat a été une fin de non-recevoir…
La chose ne me heurte pas outre mesure. Simplement, moi qui suis resté attaché à la ville de mon enfance, j’aime à ce qu’on raconte des choses exactes, même si je l’admets, l’erreur est humaine puisque je suis le premier à en faire.
Mais là, il faut avouer qu’elles sont vraiment grossières. Le plus étonnant pour moi, c’est que beaucoup adhèrent à ses explications, et concernant les maisons à moucharabieh, j’avoue que cela me surprend plutôt et me laisse dubitatif quant à la réflexion.
Donc je n’ai rien contre le propriétaire de cette page Facebook Toulon, mon pays, ma fierté, que j’ai essayé vainement de contacter mais sans résultat puisque impossible de trouver un quelconque contact depuis mon renvoi.

Par contre, je lui demanderai simplement d’indiquer la source lorsqu’il publie des cartes postales anciennes de ma collection personnelle que j’ai péniblement commencé à constituer 35 ans en arrière…
Merci !
(Si l’un d’entre-vous passe ici, faites-lui savoir)

Le Port Marchand avant la guerre

Reconstitution de l’ancien bassin du port

Port Marchand à Toulon

Le bassin du Port Marchand durant l’entre-deux guerres (cliquer pour agrandir)
© Jacques Lahitte www.le-minot.com


Fortement endommagés durant les bombardements de 1943 et 1944, le faubourg du Port Marchand a définitivement disparu et le bassin du port de commerce a été comblé avec les gravas en provenance des maisons détruites de la façade du vieux port. Sur la reconstitution (orientation nord-sud) sont visibles la gare du Sud en bas à gauche, la limite de l’arsenal nord du Mourillon en haut et la porte Neuve à droite qui donnait sur la rue de la République. Seuls la partie droite du bâtiment qui délimitait l’arsenal existe aujourd’hui (actuelle DDE) et un immeuble sur la droite au niveau du quai du Parti.

Les mystérieux vaisseaux de la Royale

Les vaisseaux de l’appontement Missiessy

Grâce à Nicolas Mioque, un passionné de Marine à voile ancienne, l’énigme de la carte postale aux trois vaisseaux a été résolue !
Cette carte ancienne connue des initiés représente 3 anciens vaisseaux de guerre transformés en casernement aux appontements de Missiessy dans l’arsenal de Toulon.
L’expéditeur de la carte postale, un locataire de la caserne de l’époque, mentionnait au recto de la carte le nom de deux des trois vaisseaux : « Hello » et « Stars ».

Vieux vaisseaux de guerre servant de Caserne au 8ème colonial - Missiessy

Vieux vaisseaux de guerre servant de Caserne au 8ème colonial – Missiessy (Cliquer pour agrandir)

Après analyse plus poussée, Nicolas remarque que les 2 premiers bâtiments sont des anciens vaisseaux de premier rang, des trois-ponts* tandis que le dernier est un deux-ponts.
* Un trois-ponts est un ancien navire de guerre à voile disposant de trois batteries, c’est à dire de trois suites d’artillerie, continues et couvertes.
Le premier vaisseau s’avère en fait être le Eylau du nom de la fameuse bataille napoléonienne qui eut lieu en 1807 dans l’ancienne Prusse orientale, aujourd’hui Kaliningrad, l’enclave de la fédération de Russie fichée entre la Pologne et la Lituanie. Il s’agissait d’un vaisseau de type Hercule doté de 100 canons et construit au tout début du second empire. Le second vaisseau s’appelle Le Souverain, et le dernier vaisseau sur la carte postale est le Mars, ex-Masséna, un vaisseau de 90 canons transformé sur cale en mixte en 1857 et lancé en 1860. Ce vaisseau fut utilisé comme ponton caserne à Toulon de 1893 à 1905.

Nicolas Mioque est un jeune toulonnais passionné de Marine de guerre à voile. Sa connaissance du sujet est déjà très étendue et c’est à travers son blog Trois-ponts qu’il vous fera découvrir ces navires si envoûtants et porteurs d’histoire.
Je ne vous ferai pas l’affront de vous rappeler que le développement même de la ville de Toulon s’est réalisé autour de son arsenal, sous le règne de Henri IV et le transfert de la flotte des galères de Marseille vers Toulon. Port stratégique de la Méditerranée, le site fut modernisé et étendu sous la houlette de Vauban durant le règne de Louis XIV. Un nombre très important de vaisseaux de la Marine Royale furent construits dans l’arsenal de Toulon, parallèlement aux autres arsenaux tels ceux de Brest, de Rochefort, de Cherbourg… Les bois nécessaires à la construction des vaisseaux étaient entreposés dans les bassins d’immersion et les entrepôts de l’arsenal du Mourillon.

Le site web Trois-ponts.
Le musée de la Marine de Toulon.
Le site de la frégate Hermione, actuellement en construction dans l’ancien arsenal de Rochefort.

Le Mourillon durant le siège de Toulon de 1707

Extrait du plan de Toulon et de ses environs

C’est lors du siège de Toulon de 1707 que le fort des Vignettes fut la cible de quatre batteries ennemies installées sur les hauteurs de Lamalgue. Le fort était sous le commandement du capitaine Daillon et l’artillerie sous la responsabilité du capitaine de frégate Cauvière Saint Philippe. Composée de 38 grenadiers et 30 matelots grenadiers qui armaient 18 canons et 2 mortiers1, la garnison du fort résista du 31 juillet au 19 août 1707, date à laquelle le fort en partie détruit fut abandonné. Dès lors, des galiotes à bombes vinrent mouiller dans l’anse des Vignettes à proximité du fort et commencèrent à bombarder Toulon. Six mois plus tard, le fort fut reconstruit à l’identique et rebaptisé Fort Saint Louis.
Sur la carte, on distingue côté petite rade, un môle appelé le Morillon et des salines (dans l’actuel quartier du Port Marchand) où on produisait du sel à cette époque. Egalement la rivière Eygoutier qui a été détournée de son embouchure lors de la construction de la Darse neuve de l’arsenal afin d’éviter l’envasement du port.
(1) Source Toulon et son Histoire. Tony Marmottans.
Le siège de Toulon sur le site seynoise.free.fr.

Le Mourillon durant le siège de Toulon en 1707 © Gallica - BNF

Le Mourillon durant le siège de Toulon en 1707 (Cliquer pour agrandir)
© Gallica – BNF