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| Un
vendredi, une nostalgie soudaine de mon enfance m'a prise comme ça, par
surprise, et aussitôt, sur l'impulsion du moment, je suis allée chercher
sur Internet des traces de mon passé… associations d'anciens élèves, comités
de quartier… pas d'idée précise… mots clés "Bazeilles" mon ancien collège
: rien, "Renan" l'école primaire : rien, "Toulon" ma ville : trop général
; "Le Mourillon" mon quartier : un site " Le Mourillon d'Antan "… et ce
nom "Lahitte". Lahitte… Lahitte... aussitôt je me souviens : dans ma rue,
en face de chez moi, une boutique, celle de Monsieur Lahitte ! c'est son
fils ? Allô maman ? tu te souviens des Lahitte ? Ils avaient un fils ? Oui,
ils avaient un fils, un petit garçon de cinq ans mon aîné, qui allait à
l'école primaire de garçons de la rue Ernest Renan, et dont ma mère fut
l'institutrice… |
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Avec
Jacques, on s'est écrit ; on s'était retrouvés sans jamais s'être connus,
nos souvenirs communs ont fait de nous des amis d'enfance imaginaires… j'ai
mis mes pas dans les siens dans les rues d'un Mourillon des années soixante…
Il m'a proposé d'écrire un petit texte sur le Mourillon, et il restait une
petite place, une toute petite place, c'était celle de notre maternelle,
dont il est brièvement fait mention dans les débuts du souvenir du minot…
J'avais oublié les sensations de ma première rentrée des classes à la maternelle
: j'avais deux ans et demi ou trois… j'ai retrouvé des petits bouts d'enfance,
des |
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images
parfois figées, parfois en mouvement, des odeurs, des couleurs, des petits
trucs très courts qui manquent s'envoler à chaque instant… |
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Pour
aller à l'école, il faut monter la rue Castel sur quelques mètres puis tourner
à droite… mais attention, pas à droite droite, c'est le boulevard Grignan.
Si on remonte le boulevard Grignan jusqu'à sa partie supérieure, après une
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petite
grimpette où toutes les maisons sont construites en hauteur, une patte plus
courte que l'autre pour compenser le déséquilibre, lorsqu'on arrive sur
sa partie plane, sur la droite, derrière une grille de fer forgé à l'ancienne,
derrière un portail encadré de piliers surmontés de jardinières, enfoui
sous une végétation méditerranéenne, glycines, bougainvillées, lauriers
roses, c'est la maison de mes rêves. |
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Aujourd'hui
elle est rose, lorsque j'étais enfant, toute petite et déjà amoureuse d'elle,
elle était blanche. Il y avait moins de végétation à l'époque : de la grille,
devant laquelle je m'arrêtais à chaque fois que je passais dans la rue,
on pouvait voir un gentil gazon, quelques arbustes, des taches de couleur
de ci de là, des fauteuils dispersés négligemment devant |
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le
perron, comme si les gens étaient partis en promenade précipitamment et
les avaient laissés là. Les persiennes à demi rabattues pour préserver la
fraîcheur, un œil de bœuf de chaque côté d'un petit balcon d'opérette, je
m'attendais à chaque instant à voir surgir une jeune femme en tenue
du début du siècle, corsage de dentelle blanc et jupe d'organdi, les cheveux
ramenés en chignon haut sur la tête, rajustant une mèche de cheveux, sortant
d'une sieste paresseuse… Une langueur infinie, une douceur, s'échappaient
de la porte entr'ouverte… mon imagination travaillait, j'imaginais la semi-pénombre
derrière les volets, les tomettes brique de l'entrée, des canotiers pendus
au portemanteau, un mélange de cannes, d'épuisettes et d'ombrelles dans
le porte-parapluies, le soleil marquant le parquet de rayures dorées dans
les chambres à l'étage, les dessus de lit de coton blanc, une brosse abandonnée
sur le marbre d'une coiffeuse, une écharpe sur le bras d'un fauteuil… Je
rentrais chez moi d'un pas rêveur, vaguement mélancolique, mais certaine
au fond de moi qu'un jour, j'habiterai cette maison… |
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Mais
pour aller à la maternelle, ça ne sert à rien de prendre le boulevard Grignan,
il faudrait monter pour redescendre, alors on tourne juste après : il faut
emprunter la petite rue qui tournicote, à l'angle d'une maison dont le mur
est arrondi.
Ensuite, juste après le coin, il y a une petite vitrine
d'autrefois : c'est comme une grande fenêtre derrière laquelle sont présentés
des vêtements, je crois… la porte est toute petite, la boutique minuscule,
comme une maison de schtroumpf… aujourd'hui c'est un magasin, mais je n'arrive
pas à me rappeler s'il y avait quelque chose avant. |
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