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Certains jours de pluie ou de grisaille, une onde
de déprime s'abat sur la classe. Les dictées deviennent alors monastiques,
interminables, les exercices de calcul insolubles, inextricables, transformant
ainsi la journée de classe en une pénible et indésirable pénitence.
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Sainte
ou les curieuses conjugaisons de l'imparfait du subjonctif ont vite raison
de notre agitation.
Déjà, je sens les camarades qui arrivent à suivre la progression scolaire et
ceux qui commencent à éprouver quelques difficultés. Lorsque la récitation s'avère
appréciée, l'exercice au tableau réalisé, le maître nous gratifie d'un point,
un petit carton carré de couleur sur lequel on peut lire : "1 point".
Un bon point comme on les appelle. C'est en quelque sorte la carotte sensée
nous faire avancer vers la réussite scolaire. Au bout de dix points, on a droit
à une image démodée sans intérêt, et au bout de dix images, une autre plus grande
du même acabit, ou un cahier. Le jeu n'en vaut vraiment pas la chandelle et
je renonce rapidement à cette entourloupe dont, du reste, ne profitent que les
premiers de la classe qui s'attirent rapidement la jalousie d'une bonne partie
du reste des élèves.
Le cours élémentaire deuxième année est aussi la période où l'on commence à
jouer aux billes. Elles rythmeront les pauses récréation jusqu'à la fin de ma
période école primaire. De cette manière, nous commerçons nos soldats, cow-boys,
indiens, chevaliers moyen-âgeux ou cyclistes. Cela devient notre monnaie d'échange.
La règle est simple : après avoir placé le soldat mis en jeu à un nombre déterminé
de pas, contre un mur ou la porte de la classe, les tireurs volontaires essaient
de dégommer la figurine en lançant les billes une à une. Il faut être adroit,
car toutes les billes lancées sont perdues. On peut gagner beaucoup de billes
à ce jeu là. Les nouvelles billes en verre sont recherchées, on les regarde
au soleil, et en transparence, nous découvrons des galaxies inconnues, des nébuleuses
colorées. Il y a aussi les osselets, dont l'un des cinq est rouge. C'est un
autre jeu d'adresse, par contre il ne rapporte rien. Nous l'abandonnons rapidement.
Mais la cour de l'école de la rue Renan c'est aussi un grand terrain où s'affrontent
les clans. Il y a toujours des combats entre deux groupes de garçons menés par
les deux plus forts, Filippi et Vezzuti. Le but est de repousser les assaillants
qui veulent s'emparer du petit monticule de terre qui surplombe la cours, juste
devant le grand portail, à l'ombre du grand pin qui trône toujours. Quand les
altercations dégénèrent, les maîtres et maîtresses de surveillance dégainent
leurs sifflets et interpellent les contrevenants qui terminent invariablement
leur récréation sur la ligne blanche, non sans avoir récolté au passage une
claque sur la cuisse ou une gifle suivant la gravité de la faute constatée.
Souvent, l'hiver, les journées me semblent interminables et il devient dur de
garder mon attention du matin au soir. Alors mon esprit s'évade de cet environnement
fait d'un tableau noir, de cartes de France jaunies, d'encriers de verre, et,
dans mon imagination de petit garçon, je revois la lumière et la douceur de
la plage du Lido. Que l'on soit en automne, en hiver ou au printemps, je garde
du littoral de mon quartier une image ensoleillée, une ambiance douce, tiède
et lumineuse. Les plages du Mourillon et les rochers du Cap Brun ne connaissent
pas les saisons. D'autres jours, mon imagination prend le pas sur la concentration
vite épuisée, et la feuille se remplit de figures et dessins variés au gré de
mes humeurs. |
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chez ces braves dames. L'été, nous venions y acheter
pour quelques pièces jaunes, des glaces à l'eau à la menthe ou à la grenadine.
Delecta ; sous ces quelques lettres insignifiantes se cachait notre gourmandise
qui portait des noms comme Zan, Malabar, Réglisse, Carambar, Pez et mille
autres friandises dont j'ai aujourd'hui oublié le nom.
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