Le Mourillon d'antan
Le Mourillon d'antan
Le Mourillon d'antan

Longtemps, un magasin aux poudres existait sur la zone du Mourillon, située dans le secteur de l'actuel rond point de l'Infanterie de Marine, comme le montre une carte de Toulon et de ses environs dressée en 1793, aux alentours d'un môle désigné sous le nom de Morillon. Le Mourillon d'alors désignait principalement les terrains marécageux de l'embouchure de la rivière Eygoutier et la plage donnant sur la petite rade, situés à l'est de la ville fortifiée de Toulon, lorsqu'on se dirige vers la grosse tour (tour Royale), plus précisément la zone des terrains se situant à hauteur des actuels port de plaisance et avenue Infanterie de Marine.
Jusqu'au début du XVIIIème siècle, on explotait le sel dans des salines situées à l'embouchure de l'Eygoutier.

La construction d'une extension à l'arsenal principal fût relativement récente dans la chronologie du développement des installations militaires de la marine royale de l'arsenal de Toulon.

La poudrière fut détruite lors des travaux d'extension du grand arsenal avec la construction de la darse neuve, elle était située, peut-on lire, non loin d'un ancien cimetière Turc. En effet, les Turcs et les Barbaresques étaient enrôlés de force ou achetés en Italie par la Marine Royale pour le service des galères (Les galères ont été transférées de Marseille à Toulon au milieu du XVIIIème siècle, ainsi que 2000 hommes de la chiourme), les Turcs étant réputés pour leur force et leur robustesse, ils étaient utilisés comme chef de vogue pour soutenir la cadence de rame *.
Le Mourillon d'antan

Plan de la Rade et du port de Toulon 1793 - Extrait (National Maritime Museum - England)
R : magasin aux poudres, S : Fort Saint Louis

La rivière Eygoutier qui envasait la rade a été détournée de son embouchure et se jette dans l'anse des Vignettes.
L'ancienne embouchure sera utilisée pour construire le futur chenal de l'arsenal nord.
(*) Marché conclu entre la marine royale et le sieur Poussel :
La frégate du Roi, la Fée, est vendue au sieur Poussel, de Toulon, moyennant le prix de 150 Turcs, bons et en état de service pour la rame, payables dans trois ans, savoir : 50 Turcs pour chaque année, qui seront consignés à l'agent du roi à Malte, où le sieur Poussel promet et s'oblige à les rendre à ses frais, risques, péril et fortune. S'il ne pouvait remplir ce nombre, il payerait 350 fr. pour chaque turc de déficit.
Déjà, depuis la première moitié du XVIII siècle, la marine utilisait ces terrains pour le stockage des bois de construction pour les vaisseaux de guerre. L'énorme quantité de bois requise pour la construction des navires impliquait la mise en place d'immenses entrepôts et aires de stockage. A partir de 1820, on édifia sur ces terrains de nombreux hangars en dur pour le stockage des bois. Ces bâtiments, qui s'élèveront à plus d'une vingtaine au milieu du siècle, construits en enfilade s'étendaient des environs de l'actuelle piscine jusqu'à l'autre bout des HLM Bazeilles.
Le Mourillon d'antan

Les hangars à bois, bâtiments caractéristiques à arcades que l'on pouvait observer jusqu'au milieu du XX siècle, étaient couplés par deux. Sur la photo ci-contre, les longues toitures claires sont celles des entrepôts qui longeaient le boulevard Bazeilles, les bâtiments à six arcades étaient alignés au milieu de l'arsenal.

Six autres grands hangars s'élevaient dans les environs de l'actuelle caserne des pompiers. Un chenal fut creusé pour permettre aux bateaux de commerce d'amener et débarquer les bois le long de ces entrepôts, afin d'en faciliter le déchargement. Ce chenal pénétrait dans le quartier jusqu'à la hauteur de l'actuelle place Emile Claude, la place du marché du Mourillon. C'est ainsi que petit à petit, la présence des installations militaires au Mourillon induit le développement et l'extension du faubourg du Mourillon avec la présence de nombreuses entreprises travaillant pour le compte de la marine. La première utilisation des installations mourillonnaises était donc dédiée au stockage des bois de construction pour les vaisseaux. Ce n'est qu'une quinzaine d'années plus tard que la vocation de construction navale prendra forme.
Origine et stockage des bois
Le Mourillon d'antan
Toulon, premier port militaire de la méditerranée a vu un très grand nombre de vaisseaux de la marine sortir de ses cales de construction. Jusqu'à la fin du XIX siècle, les bâtiments de la Royale, vaisseaux de 1er rang, vaisseaux de 2ème rang… frégates, corvettes, galiotes… ont nécessité des quantités impressionnantes de bois. La gestion des forêts revêtait une importance primordiale pour l'approvisionnement en bois des arsenaux de la marine. Dans le royaume, des forêts entières étaient strictement réservées et entretenues à cet usage. Des ordonnances furent éditées à cet effet et les règles draconiennes. Il sera par exemple interdit à quiconque de couper du bois à 15 lieues de la mer et à 6 lieues des rivières.

Les agents de la marine ont accès à toutes les forêts afin de réserver les meilleurs arbres. L'âge minimum requis pour les chênes est de 80 ans. Il peut aller jusqu'à 200 ans et plus pour les pièces de charpente dont la section avoisine les 45 cm. Le chêne entre à 90% dans la construction d'un navire. Plusieurs variétés sont utilisées en fonction des différents éléments de la coque (bois maigres pour les membrures, bois gras pour les bordages…) D'autres essences sont également utilisées pour la réalisation des accastillages, des affûts de canons (orme), des poulies (gaïac, houx), des sculptures (noyer), des ameublements et aménagements intérieurs (châtaignier). Durant le premier empire, la construction d'une frégate demande la coupe de plus de 1100 arbres, alors que celle d'un vaisseau de premier rang engloutit plus de 4000 chênes centenaires. Cela nécessite de grandes aires de stockage. Avec l'extension de l'arsenal de Toulon, le Mourillon apportera une solution à ce manque de place et deviendra la zone d'entreposage des bois pour la marine.

Les bois arrivent par voies fluviales jusqu'à Arles en provenance des forêts provençales, du comtat Venaissin, du Dauphiné, les régions du sud-ouest expédient également de grandes quantités de bois en provenance du Béarn, du pays Basque, de Guyenne. Ils sont acheminés par le canal du Languedoc pour arriver en Arles. Les régions de l'est aussi ne sont pas en reste, l'Alsace, la Franche-Comté et la Bourgogne participent à l'approvisionnement. Certains pays méditerranéens comme la Grèce, l'Albanie et l'Italie fournissent également le bois de construction.
   
Au Mourillon, les bois sont stockés soit au sec dans les entrepôts fermés, soit immergés dans les bassins prévus à cet effet. L'avantage de l'immersion est qu'elle permet aux bois de conserver leur résine et donc leur souplesse requise lorsque le bois sera mis en forme une fois séché afin de procéder à la taille et à la découpe des différentes formes de la future coque des navires. Les bois qui sont immergés sont destinés à la coque ou à la mâture des navires. L'immersion permet aussi d'éviter le développement de champignons et l'attaque des bois par des insectes parasites (insectes xylophages). Ils sont maintenus immergés dans les bassins grâce à des caissons lestés de pierres. Les bassins sont alimentés soit par l'eau de mer provenant de la rade, soit par l'eau douce qui s'écoule de la rivière Eygoutier.

Le port de Toulon vu depuis les hauteurs du Mourillon
Le Mourillon vu port de Toulon la Mitre
Le port de Toulon vu des environs de la Tour Royale
au début du XVIIIème siècle
Le port de Toulon vu des hauteurs du Mourillon
au début du XVIIIème siècle
La Grosse Tour vue des hauteurs de la Mitre
Le Mourillon d'antan
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