Le tramway du Mourillon

La nostalgie du tram

Nous habitions, ma mère et moi, dans un petit immeuble de la rue Courme, à Toulon. Cette rue Courme formait alors tout mon univers. Je devais avoir cinq ou six ans. Elle partait du boulevard du Littoral, grimpait sur une sorte de butte, se laissait glisser de l’autre côté et se prolongeait par la rue Castillon. C’est là qu’apparaissait le tram, cette merveille de mon enfance.

A l’époque, en effet, le tram s’ébranlait devant la gare, s’arrêtait au bas de la rue Castillon, puis, grinçant de toute sa ferraille, passait par le quartier résidentiel du Mourillon, avant de revenir par le boulevard du Littoral. Autant dire que les habitants de la rue Courme étaient des privilégiés : ils pouvaient faire le grand tour pour aller en ville en passant par la corniche.
Quand elle en avait le temps, ma mère me disait :  » Si tu es sage, on fera le grand tour… « 
… Alors on prenait le tram.
Le tramway du Mourillon
Il y avait du soleil, une lumière blanche, aveuglante, et cette ferraille qui menaçait de se disloquer à chaque virage. Moi, j’étais au comble du bonheur. Tout ce bruit autour de moi, les voitures, la vitesse, les gens, dans la chaleur de l’été, ce formidable contraste avec le froid et le silence qui étaient en moi.
De l’autre côté de la vitre défilaient les villas bleues et blanches du Mourillon, et les jardins que je devinais derrière de hauts murs, et des fleurs que j’apercevais entre les grilles, ou encore les visages rieurs des autres enfants… A cause des trépidations, les vitres du tram tremblaient sans cesse ; mon front y étant appuyé, ma vision en était toute perturbée : des villas, des jardins, des fleurs, oui, et des enfants, par instants, par éclats, dans le soleil, dans la chaleur, entre les gouttes de sueur qui perlaient à la racine de mes cheveux et qui glissaient dans mes yeux jusqu’à ressembler à des larmes, tandis que ma mère, ne comprenant pas à quel point j’étais heureux, me disait : « sois sage… »

Henry Bonnier L’enfant du mont-Salvat


Caractéristiques et parcours du tram au Mourillon

La création d’un réseau de tramways fût décidée en 1881 et la première ligne fût inaugurée cinq années plus tard entre les quartiers Brunet et Bon-Rencontre. Il s’agissait de tramways à traction hippomobile. Il faudra attendre 1896 pour voir apparaître les premiers tramways à propulsion électrique. Le quartier du Mourillon verra un tramway traverser ses rues dès 1890.
La nouvelle ligne relie la place Louis Blanc au bas du cours Lafayette jusqu’au bas des rues Lamalgue et Castillon. Pour parcourir ce premier tronçon, le tramway franchit la porte Neuve alors située à l’extrémité de l’avenue de la République, le retour se faisait également en traversant cette porte, mais en s’engageant sur la gauche, vers le quai de la Since sur le port de Toulon.
Les tramway au Mourillon
Une fois la porte Neuve franchie, le parcours s’effectue en contournant les quais du bassin de commerce du Port Marchand. Le tramway s’arrête à la nouvelle gare du Sud, puis après un petit crochet sur la droite s’élance en direction du Mourillon en longeant les bâtiments de l’arsenal nord sur sa droite et les terrains de la Rode sur sa gauche. L’arrivée dans le quartier s’effectue en s’engageant à droite sur le boulevard Bazeilles, puis il marque un nouvel arrêt à la station située au bas de la rue Castillon.

Après les travaux de prolongement réalisés sur la ligne en 1892, il continue sa course jusqu’à l’entrée de la porte de l’arsenal, en se dirigeant vers la rade, puis bifurque sur la gauche pour longer l’enceinte de l’arsenal sud en laissant sur sa gauche les casernes de l’Infanterie et de l’Artillerie Coloniale. Arrivé au bout du boulevard Bazeilles qui se terminait alors au terrain de tir du Polygone, il tourne sur la gauche pour s’engager sur le boulevard Cunéo. A l’extrémité de ce boulevard, il laisse sur sa droite l’un des trois dépôts de tramways du réseau toulonnais, en l’occurrence celui de la Mitre.
C’est alors qu’il s’engage sur le boulevard du Littoral en zigzaguant le long de la corniche. Il effectue une halte à la station du Fort Saint Louis, puis un peu plus loin à la station Sainte Hélène après avoir passé l’hôtel de La Réserve. Après de gros travaux de terrassement et d’élargissement de la corniche, il s’élance enfin dès 1910 vers le terminus, non sans avoir effectué un dernier arrêt au nouveau jardin d’acclimatation.
Les travaux de prolongement de la ligne de tramway vers le terminus avant 1910

Les travaux de prolongement de la ligne de tramway vers le terminus avant 1910

Le tramway circule sur deux voies sur la majeure partie du circuit. Dès qu’il pénètre sur le boulevard du Littoral, la circulation ne s’effectue plus que sur une seule voie. De ce fait, des voies de dégagement ont été prévues sur les stations d’arrêt afin de permettre les croisements des rames.
Le développement des lignes de tramways s’étalera jusqu’en 1925. Au plus fort de son déploiement, le réseau toulonnais se composera de 66 motrices et 100 remorques. L’écartement des voies était de 1,44 mètres. A partir de 1936, avec la montée de la concurrence des autobus et des trolley-bus s’arrêtera le développement des lignes de tramways.
Le tram était conduit par le wattman qui disposait d’une commande pour l’accélération et d’une autre pour le freinage. Il était accompagné d’un contrôleur qui prenait en charge les passagers. Les tramways circuleront au Mourillon jusqu’à la guerre.
Durant la seconde guerre mondiale, entre 1943 et 1944, les bombardements alliés sur les installations de l’arsenal et notamment sur le vieux port de Toulon et au Port Marchand détruiront de manière irréversible les infrastructures du tramway mourillonnais. Le dernier tramway toulonnais disparaîtra en 1954. Les trolley-bus remplaceront par la suite les tramways sur la ligne 3 jusqu’au milieu des années soixante.

Sources Bernard Carruesco, wiki, Mes années 50 autres sources diverses.

Tramway Mourillon

Les réclames du tramway

  • Papier pour cigarettes – Bloc Persan,
  • Dentifrice Dentol,
  • Absinthe Oxygénée Cusenier,
  • Castel Chabre – Pharmacie – Droguerie, le magasin du cours Lafayette,
  • Chocolat Louit,
  • Aux Dames de France – Le grand magasin toulonnais,
  • Pernod Fils,
  • Au Vieux Palais – Nouveautés,
  • Chocolat Matte Fils (Matte, est un quartier de Berne en Suisse où Rodolphe Lindt avait installé une chocolaterie en 1879).
Tramway Reclames

Les rares vestiges du tramway

Fixations de la caténaire du tramway à l’avenue des tirailleurs sénégalais.

Vestiges du tramway du Mourillon - Fixations de la caténaire à l'avenue des tirailleurs sénégalais

Vestiges du tramway du Mourillon – Fixations de la caténaire à l’avenue des tirailleurs sénégalais

Laisser un commentaire