Trombe d’eau au large du Mourillon

Un spectacle insolite dans la Rade

A l’heure où on parle beaucoup de réchauffement et dérèglement climatiques et d’autres effets météorologiques en tout genre, du plus singulier au plus catastrophique, il est intéressant de constater que certains phénomènes météorologiques que l’on pense réservés à des latitudes lointaines peuvent survenir à quelques encablures du littoral toulonnais. Tel a été le cas d’une trombe d’eau qui a été observée en 1875 dans la grande Rade.
Trombe d'eau au large du Mourillon

Trombe d’eau au large du Mourillon – Source La Nature 1875

Cet événement très singulier fit l’objet d’une parution dans le journal La Nature n°104 du 29 mai 1875 :
«Le 4 mai, par un ciel couvert d’épais nuages noirs et un peu pluvieux, ce phénomène a apparu dans le goulet de Toulon, vers 10 heures du matin, après avoir marché au large du sud-est au nord-ouest. Il est rare qu’on puisse l’examiner d’aussi près et la population s’est rapidement portée vers le rivage pour le contempler. Poussée par le vent de sud-est, la trombe s’est avancée assez lentement vers l’entrée de la rade. Réunie à un nimbus à l’aspect menaçant par un large entonnoir, la colonne élégamment courbée en S qui la formait descendait en s’amincissant progressivement. Le diamètre augmentait ensuite rapidement jusqu’à la mer qui bouillonnait en se couvrant d’une écume blanche. C’est la partie que les météorologistes désignent sous le nom de «buisson». Dès que la bas de la trombe rencontra la grande jetée de défense qui se dirige de la Grosse Tour vers Saint Mandrier, elle commença à se dissiper. A l’endroit le plus mince de la colonne, elle se rompit. Sa partie inférieure s’affaissa et la supérieure disparut comme attirée par le nuage. Plusieurs spectateurs remarquèrent dans cette dernière un mouvement en spirale dirigé de bas en haut et tournant de gauche à droite. Le temps resta couvert toute la journée et ce n’est que le lendemain qu’un coup de mistral balaya le ciel et lui rendit sa sérénité habituelle. Il résulte de l’estimation qui en a été fait, que le sommet de la trombe devait se trouver à 700 ou 800 mètres au-dessus du niveau de la mer.»
F. Zurcher.